Les pillages, une réalité incontestable

Certains documents historiques relatent l'arrivée de foules nombreuses dès que la nouvelle d'un naufrage se répandait. Les pilleurs venaient en famille, jeune, vieux, ouvrier, commerçant, tout le monde se déplaçait. Ils dépouillaient le navire, faisaient alors un tas de ce qu'ils avaient récolté sur la plage et déposaient un caillou dessus pour signifier leur propriété. Cela suffisait car c'était un code très respecté entre pilleurs, la sentence en cas d'infraction pouvatn aller jusqu'au lynchage.

Scène de pillage
Scène de pillage - Crédit Danièle Nguyen Duc Long

 

La boisson était le seul trésor partagé communément sans discussion. Les barils étaient percés à même la plage et tous les pilleurs y avait libre accès. Certains rapports font état de morts à cause de l’alcoolémie. Il faut préciser que l'alcool était rare s'il n'était pas importé d'une manière ou d'une autre, ce qui rendait sa consommation tant exceptionnelle que dangereuse.

Enfin, outre l'arrivée des cargaisons qui alimentait l'économie locale, chaque naufrage offrait d'importantes opportunités économiques pour les villages. Le déplacement d'une cohorte d'officiels générait du commerce dans l'hôtellerie et la restauration. Le séjour des autorités rapportait de l'argent, le passage des populations aussi de manière détournée. La surveillance de l'épave était rémunérée, ainsi que son démantèlement, l'acheminement des marchandises, les goûteurs de vin, les tonneliers, les forgerons …

Les surplus collectés par les riverains sont échangés sur les marchés alentours, dans les auberges et parfois même beaucoup plus loin dans le pays. Les bénéfice de telles transactions ont considérablement amélioré les conditions de vie des habitants des côtes bretonnes.

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Marché breton - Crédit Manuel Robbe

 

Né du mépris des autorités, de quelques récits de citadins impressionnables repris par le fantasme romantique, le mythe des naufrageurs et l'atroce réputation des populations côtières ont persisté jusqu'à aujourd'hui. S'ils peuvent alimenter les histoires qui font peur aux enfants, il est établi qu'il s'agit d'une légende sans fondement historique.