Le procès

 

La légèreté du dossier apparaît nettement pendant les audiences. Les discussions de fond sur le bordereau montrent que le capitaine Dreyfus ne pouvait pas en être l'auteur. L'accusé clame son innocence, et se défend avec énergie et logique. Ses déclarations sont appuyées par une dizaine de témoignages à décharge. Enfin l'absence de mobile pour le crime est une sérieuse épine dans le dossier d'accusation. Dreyfus était en effet un officier très patriote et très bien noté par ses chefs, et surtout très riche, il n'avait donc aucune raison tangible de trahir.

Un «expert graphologue» est nommé, il accuse Dreyfus d'avoir imité sa propre écriture. A cela s’ajoute le témoignage d’un certain commandant Henry qui affirme «qu'une personne honorable» accuse le capitaine Dreyfus. Il jure sur l'honneur que le traître est Dreyfus, en désignant le crucifix accroché au mur du tribunal. Dreyfus exige d'être confronté à son accusateur anonyme, ce qui lui est refusé par l'État-Major. Ces deux témoignages ont un effet incontestable sur la Cour. Pour étayer le dossier à charge, des documents secrets sont remis au début du délibéré, en toute illégalité, au président du Conseil, sur ordre du ministre de la Guerre. Ce dossier contient des lettres sans grand intérêt, dont certaines sont même truquées. Le 22 décembre, après plusieurs heures de délibération, le verdict tombe. À l'unanimité, Alfred Dreyfus est condamné pour trahison «à la destitution de son grade, à la dégradation militaire, et à la déportation perpétuelle dans une enceinte fortifiée», c'est-à-dire au bagne en Guyane.

 

Caricature du traitre Dreyfus
Caricature du "traitre" Dreyfus

 

Mathieu Dreyfus, frère aîné d'Alfred, passe son temps, son énergie et sa fortune à rassembler autour de lui un mouvement  puissant en vue de la révision du procès. Ses investigations le mènent au vrai coupable: le commandant Walsin-Esterházy. Parallèlement, le SR, avec à sa tête le Colonel Picquart, arrive aux mêmes conclusions: de nombreuses lettres attestent des relations étroites entre l’ambassade d’Allemagne et Esterhazy. L’écriture est exactement la même que celle du «bordereau» qui a servi à incriminer Dreyfus.

Le doute commence à s'installer et des figures des milieux artistiques et politiques s'interrogent. Picquart tente de convaincre ses chefs de réagir en faveur de Dreyfus, mais l'État-Major semble sourd. C'est le moment que choisit le commandant Henry, en novembre 1896, pour passer à l'action: il fabrique un faux et le présente à de l'État-Major. Les doutes concernant l'innocence de Dreyfus s'envolent. Une enquête est alors instruite contre Picquart, il est surveillé, éloigné dans l'Est, puis muté en Tunisie «dans l'intérêt du service».