La formation des camps

 

Jusque là, la presse est à 95% anti-dreyfusarde, mais les actions de Mathieu Dreyfus et du colonel Picquart commencent à faire effet: les dreyfusards de la première heure sont rejoints par Émile Zola, Anatole France, Léon Blum, Jean Jaurès, et les frères Clemenceau. Blum tente fin novembre de faire signer à son ami Maurice Barrès une pétition demandant la révision du procès, mais ce dernier refuse, rompt avec Zola et Blum. Cette première rupture est le prélude à une division des élites cultivées.

Le procès d’Esterhazy est orchestré le 10 janvier 1898 par l’Etat Major et grossièrement truqué. Les constitutions de parties civiles demandées par la femme et le frère de Dreyfus leur sont refusées, les trois experts en écritures ne reconnaissent pas l'écriture d'Esterházy dans le bordereau et concluent à la contrefaçon. L'accusé lui-même est applaudi, les témoins à charge, hués et conspués. Le véritable accusé est le colonel Picquart, sali par tous les protagonistes militaires de l'Affaire. Esterházy, est acquitté à l'unanimité dès le lendemain, après trois minutes de délibéré.

 

J'accuse
J'accuse...!

 

Scandalisé par l'acquittement d'Esterházy, Zola publie en première page de L'Aurore, une lettre ouverte au président Félix Faure: J'Accuse...! . Cet article fait l'effet d'une bombe. Le papier est une attaque directe, explicite et nominale. Tout ceux qui ont comploté contre Dreyfus sont dénoncés, y compris le ministre de la Guerre. Celui-ci porte plainte contre Zola qui passe devant les Assises de la Seine en février 1898. Ce procès est aussi le lieu d'une véritable bataille juridique, dans laquelle les droits de la défense sont sans cesse bafoués. De nombreux observateurs prennent conscience de la collusion entre le monde politique et les militaires. Zola est condamné à un an de prison et à 3.000 francs d'amende, la peine maximale.