
MARINE
Première semaine
Dans mon esprit, être une femme gardienne de prison pour hommes doit être un métier extrêmement dur et parfois même rabaissant (sexisme, insultes, contestation de l’autorité…). Cela ne peut être un choix mais une obligation. Et pourtant, Laura a choisi sa profession. […] Même si ce n’est pas facile tous les jours, elle m’a parlé de son métier avec amour et enthousiasme. Elle adopte une position d’échange avec les détenus, basée sur l’humour, tout en gardant une fermeté. Son rapport avec les détenus est sein et plein de respect. Laura m’a impressionnée par sa force de caractère et son humanité. Un des mes professeurs pense que l’Europe a trente ans de retard sur le Canada en ce qui concerne le milieu carcéral. Je veux bien le croire, mais je suis persuadée qu’avec des gens comme Laura au sein du personnel, l’écart se réduirait considérablement ! Je remercie Laura de m’avoir permis d’appréhender le métier de gardienne de prison sous un nouveau jour…
Deuxième semaine
Aujourd’hui j’ai décidé de parler un peu de l’école de criminologie pour vous en présenter sa spécificité. Cette école adopte une approche pluridisciplinaire de la criminalité. Les aspects psychologique, sociologique et juridique y sont étudiés. Cela offre une formation complète et pleine de sens pour les élèves qui souhaitent travailler autour de cette réalité. Car ce qui nous est avant tout enseigné, c’est bien la réalité du crime. C’est ainsi qu’une nuit en prison sera organisée pour les élèves, ainsi qu’une conférence où un homme innocent, ayant passé 18 ans de sa vie dans le couloir de la mort, viendra s’exprimer.
L’école de criminologie forme des personnes qui seront confrontés aux différents aspects engendrés par un crime (criminel, victime, procès, incarcération, thérapeutique). Face à la difficulté d’un tel enseignement les professeurs font preuve d’ingéniosité, de passion et d’une grande disponibilité pour transmettre lors savoir et leur expérience. Je suis profondément heureuse de pouvoir en bénéficier et incite tous les élèves intéressés par ce domaine à venir y étudier !
Troisième semaine
« Dans la prison de Trois-Rivières, les guides sont des ex détenus et répondent aux questions des visiteurs. Les témoignages et la reconstitution fidèle des lieux guident les visiteurs vers une expérience de visite forte, troublante et réelle ». La publicité n’était pas mensongère. Nous avons tout de suite été plongés dans un univers chargé en intensité. L’histoire de Marc, notre guide, et les souffrances qu’il a pu endurer dans cette prison, nous a tous profondément touchés. La rudesse du discours a crée un lien entre toutes les personnes qui étaient présentes, comme s’il fallait que l’on soit soudé pour endurer l’expérience. Nous somme tous passés du rire aux larmes, et la nuit fut difficile. J’étais fatiguée, très fatiguée et pourtant je n’arrivais pas à dormir entre ces murs. Je ne faisais que penser aux conditions dans lesquelles ces prisonniers avaient vécu… Heureusement les choses ont évoluées positivement depuis, mais je repensais à un reportage tourné par les détenus de la prison de Fleury Mérogis, eux-mêmes, qui nous exposait des conditions de vétusté déplorables. Il reste encore beaucoup de travail pour améliorer le sort des détenus. Tout le monde devrait pouvoir visiter la prison des Trois-Rivières et éprouver l’envie incommensurable de sortir des ces murs au bout d’une nuit seulement, tout le monde devrait pouvoir rencontrer Marc et entendre que la privation de liberté est déjà la pire des punitions.
Quatrième semaine
Aujourd’hui j’ai décidé de vous parler de ma rencontre avec Martine Hayotte. Martine est une femme qui a été abusée sexuellement par son père de deux à dix neuf ans. Son chemin a été long pour s’en sortir mais aujourd’hui elle est mariée avec cinq enfants, et son père a été reconnu coupable par un tribunal des multiples agressions qu’elle a connu. Martine a été sollicitée par les professeurs du cours de technique d’entrevue afin de préparer les élèves à s’entretenir avec des victimes. Elle a fait preuve de courage et nous a apporté beaucoup de précisions sur le métier d’intervenants.
J’ai repensé à Marc notre guide, ancien détenu, à la prison des Trois rivières. J’ai ressenti la même chose pour Marc que pour Martine. Tous deux se sont battus pour sortir de leur spirale destructrice, tous deux ont frôlé la mort, tous deux aujourd’hui partagent leur expérience et nous enrichissent. Marc le détenu et Martine la « proie » (titre de son livre), sont tous deux victimes des circonstances de leur vie.
Ils ont décidé de se battre et je souhaitais simplement les remercier pour leur force et leur sympathie.
Cinquième semaine
Durant toute la semaine, j’ai remarqué des coquelicots rouges sur les vestes, manteaux, pulls des différentes personnes que je croisais ou qui intervenaient à la télévision. […] Motivée par mon désir de comprendre j’ai fini par demander :
« - Dites moi je vois ce coquelicot sur tout le monde… Que signifie t-il ?
- il s’agit du jour du souvenir ! »
Le jour du Souvenir aussi connu comme jour de l'Armistice, est une journée de commémoration annuelle observée en Europe et dans les pays du Commonwealth pour commémorer les sacrifices de la Première Guerre mondiale ainsi que d'autres guerres. Dans les pays du Commonwealth, le coquelicot est un symbole associé à la mémoire de ceux qui sont morts à la guerre. Le jour du Souvenir y est l'occasion de ventes de coquelicots en papier au bénéfice des anciens combattants.
Sixième semaine
Après des semaines de stress intense, me voilà enfin à Pinel afin de réaliser mon entretien avec un des détenus. Parcourant les longs couloirs de Pinel, Jean Proulx et moi-même allons le chercher. Au premier regard croisé, je me détends, il me sourit. Il s’agit d’un violeur en série, et j’avais peur que le fait d’être une femme l’empêche de me parler. C’est Jean Proulx qui débute l’entretien et pendant les vingt premières minutes, le détenu (que nous appellerons André), ne me regarde pas une seule fois. Mon angoisse monte, s’il ne me regarde pas, comment vais-je pouvoir m’entretenir avec lui ? Ma première question posée, il se détourne de Jean Proulx et me regarde enfin. Il semble à l’aise et n’a pas de problème pour répondre à mes questions. La présence de Jean Proulx m’est plus que nécessaire. De part son expérience il sent quand je commence à perdre pied et redirige l’entretien avec succès. L’entretien a duré 1h15, je n’ai pas vu le temps passé. Un soulagement intense m’a submergé. Disons le, j’étais fière d’avoir participé à cet entretien, extrêmement formateur. Cela restera une des plus intenses expériences à Montréal et sans doute un des plus forts moments de ma vie. Un grand merci à tous ceux qui m’ont permis de réaliser ce travail pratique dans des conditions plus qu’idéal. Un grand merci aussi à Jean Proulx pour sa gentillesse, sa présence et son professionnalisme !
Septième semaine :
Théâtre :
L’université de Montréal possède une formidable installation technique pour permettre aux étudiants adeptes du théâtre de se produire. Ce fut mon cas, après dix séances de travail théâtral nous avons pu monter un spectacle d’1H45 sur le thème des sept pêchés capitaux. La scène est l’endroit idéal pour laisser s’exprimer tout ce qui constitue l’homme et ses travers. C’est ainsi que j’ai pu mourir sur scène, étranglée par une amie jalouse, enviant ma réussite. Expérience intéressante lorsqu’on étudie le crime de près, de le jouer et de tenter de comprendre ce qui pousse au meurtre. Ici la jalousie était le motif principal, le désir d’éliminer celui ou celle qui possède ce que l’on désire tant. Se mettre dans la peau de celui qui passe à l’acte, comprendre sa psychologie et ressentir sa haine, le donner au public et leur permettre à leur tour, de vivre cette expérience étrange où le crime est sublimé pour devenir un spectacle. On se délecte de la progression meurtrière, on se fait même applaudir pour cela. Ce fut pour ma partenaire et moi un moment extrêmement fort où nous avons été chercher dans ce que notre être avait de plus primitif. Il s’agit d’un instant, figé dans le temps, où tout est possible. Ma partenaire n’a rien d’une meurtrière, mais elle le fut le temps d’une scène. Jouer et ne pas commettre, jouer pour ne pas être, jouer tout simplement.
Noël :
Enfin une 25 décembre où l’esprit de Noel est omniprésent ! Quel bonheur de pouvoir connaître l’ambiance des fêtes dans un pays nord américains. Partout dans Montréal se dégage une atmosphère particulière. La neige, les décorations, les gens, tout cela participe à donner une teinte de magie à ce jour de Noel. Pour ma part je suis partie fêter Noel dans la famille de ma colocataire dans l’ouest de l’île de Montréal à Dollard-Des-Ormeaux. Il s’agit d’un quartier résidentiel plutôt aisé. Du coup, toutes les maisons possédaient leur décoration extérieure, se reflétant sue la neige ! Ma colocataire ayant des parents français, j’ai pu me délecter d’un bon canard à l’orange accompagné de son gratin dauphinois ! Quel bonheur ! Installés à Montréal depuis vingt ans, « ces maudits français » (comme les appellent les Québécois) m’ont fait vivre le petit déjeuner typique : œuf, bacon, pommes de terres ! Le tout autour du feu, en donnant des cacahuètes aux écureuils se précipitant au bord de la fenêtre…Magique ! C’était le Noel parfait pour me faire oublier que j’étais loin des miens. Un accueil chaleureux chez des franco-canadiens qui comprennent mieux que quiconque l’importance des fêtes lorsqu’on est loin de chez soi.