Blogs

Laura, agent de correctionnel

Auteur : Squad 13

 

LAURA

 

SEMAINE 1
Mardi, 31
août2010

J’ai fait la connaissance de Marine, l’étudiante étrangère participant au docu et je crois que nous avons vraiment beaucoup en commun et que nous allons bien nous entendre ! Après la journée, je l’ai raccompagnée en voiture et sur la route nous avons fait connaissance, parlé de nous, de nos vies, de nos expériences de travail, de notre vision sur le projet du documentaire.

Rendus chez moi, nous avons été sur la terrasse installée sur le toit de mon bloc et nous avons discuté de mon travail en milieu carcéral en profitant de la magnifique vue sur Montréal et en voyant le soleil achever sa course dans le ciel.

 

SEMAINE 2
Mardi, 7 septembre 2010

Ma grande sœur et moi sommes allés au Village Québécois d’Antan à Drummondville.  Ce fut une journée bien spéciale, une journée de début d’automne et un retour aux sources de ce que nous sommes les Québécois. En nous promenant dans ce village reconstitué datant des années 1810 à 1910, on se rend compte que ces gens vivaient bien avec presque rien et avec ce presque rien, ils faisaient tout ! Il y avait certes des problèmes sociaux, toutefois la proximité des gens et l’entraide entre citoyens faisait en sorte que lorsque quelqu’un avait besoin d’un coup de main, tous mettaient la main à la pâte pour l’aider ! En nous promenant d’une maison à l’autre, nous croisions des personnages de ces années et c’était beau de voir à quel point leur simplicité et leur sourire faisait du bien.  Je crois qu’avec les liens aussi forts entre les villageois dans ces années et des villages actuels dans lesquels l’individualisme n’a pas encore fait son entrée, l’intervention concernant les cas de délinquance devait être souvent plus efficace que celle de nos jours ou lorsque notre voisin fait trop de bruit, on ne fait qu’appeler la police au lieu d’aller en discuter et de trouver des solutions entre nous.

 

SEMAINE 3
Mardi, 14 septembre 2010

D’abord, mon commentaire pour la semaine passée en lien avec l’intervention a été difficile à choisir puisque j’ai très souvent des moments quotidiens propices aux réflexions en lien avec la criminologie. Toutefois, le moment que j’ai choisi pour cette fois-ci est lorsque la semaine passée, pour la première fois dans mon milieu de stage, nous nous sommes mobilisés (quelques résidents, anciens résidents et intervenants) afin d’aller manifester pour que le gouvernement ne coupe pas la subvention prévue pour aider les ressources communautaires du Québec qui ont des programmes afin d’aider les sans-abris (Manifestation SPLI). Ce fut un moment super intéressant de partir de la maison avec les jeunes, de prendre le métro avec eux et d’aller collectivement (nous étions plusieurs personnes puisque d’autres ressources communautaires telle que la nôtre s’étaient aussi déplacés) en clamant haut et fort nos slogans ! J’avais moi-même construit les pancartes la veille jusqu’à tard à mon stage et j’ai été contente de voir autant de jeunes nous accompagner dans cette démarche visant principalement à les soutenir dans les difficultés qu’ils doivent traverser !

 

SEMAINE 5
Mardi 28 septembre 2010

Cette semaine, dans le cadre de mon stage, nous avons fait une activité super intéressante avec les résidents de la maison ! Nous sommes allés visiter l’exposition du « World Press photo » au musée Juste pour rire. C’était une très belle exposition démontrant des images parfois émouvantes, parfois d’une extrême beauté, mais aussi parfois profondément troublantes… Comme ce fut le cas pour l’étage complet sur la tragédie qui s’est produite à Haïti il y a *quelques mois… et aussi comme ce fut le cas pour une série d’image qui m’a profondément troublé soit le déroulement d’un homme se faisant lapider en Somalie pour avoir commis l’adultère (ce pays appliquant la Charia). Tous le groupe d’individus que nous étions sommes restés sans voix devant certaines images pourtant réelles nous démontrant à quel point l’homme peut être à la fois cruel, mais aussi à la fois plein de bonté comme dans des situations difficiles comme le tremblement de terre de Haïti. Des images qui nous resteront en tête probablement toute notre vie, des images qui nous feront tous réfléchir chacun à notre façon…des images qui valent milles mots et qui nous montrent qu’il y a souvent pire à surmonter que ce que nous vivons quotidiennement et que nous identifions comme des difficultés insurmontables…

 

SEMAINE  6
Mardi, 5 octobre 2010

Cette semaine, j’ai  réalisé une fois de plus à quel point ce qu’on apprend en faisant de l’intervention nous sers dans la vie de tous les jours… Je suis allée rencontrer un ami cette semaine qui avait besoin de parler puisqu’il vivait une situation difficile dans sa vie. Nous avons passé 2 heures et demie dans un parc juste à parler, à l’aider à ventiler par rapport à cette situation qu’il vit difficilement et quand il m’a demandé mon opinion et des conseils, je me suis souvenue de plusieurs technique utiles de communication qu’on apprend lorsqu’on suis une formation comme intervenant et je les lui ai conseillées afin de pouvoir essayer de passer à travers ce moment difficile… Parfois, on sait qu’on ne peut changer la situation des gens qui viennent s’ouvrir à nous… que tout ce qui se passe peut être hors de notre contrôle… toutefois l’oreille attentive qu’on peut avoir pour ceux nous demandant un peu d’écoute peut parfois faire toute une différence !...

 

SEMAINE 7
Mardi 12 octobre 2010

Cette semaine, l’évènement qui m’a marqué a été le passage de monsieur Daniel Benson, conférencier, dans mon milieu de stage. Même si je l’avais déjà entendu dans le cadre de mon cours Réseau Adulte lorsque j’étais encore en Intervention en délinquance, son histoire de vie me touche toujours. D’autant  plus que maintenant que j’ai de l’expérience en intervention et dans le milieu carcéral,  je perçois son cheminement autrement. Je le vois plus comme une exception, comme une personne qui a beaucoup de volonté et de résilience. Je crois que le récit de sa vie est unique et inspirant pour beaucoup de jeunes croyants encore qu’on se doit de régler la violence par la violence… Je crois aussi qu’il devrait continuer de venir parler de son parcours, des embuches qu’il a traversées puisqu’il nous fait tous réaliser des choses dépendamment de qui nous sommes. Pour ma part, ce fut de percevoir une longue peine comme  pouvant être bénéfique sur les plans de développement personnels et scolaires alors qu’on observe plus souvent des gens s’étant institutionnalisés lorsqu’ils purgent de longues peines. Je crois donc que monsieur Benson est un exemple vivant nous montrant que tant qu’on ne perd pas espoir, tout est possible !

 

SEMAINE 8
Mardi, 19 octobre 2010

L’un des évènements qui m’a marqué considérablement cette semaine est l’entrevue que j’ai faite avec madame Martine Ayotte dans le cours de Techniques d’entrevue. Madame Préseault m’avait demandé de venir faire une partie de l’entrevue (que j’ai fait avec Marine) et c’était la première fois je crois que j’avais l’occasion de faire un entretiens avec une victime d’abus sexuel. J’avais lu une partie de son livre « La Proie » afin d’avoir une idée de ce qu’il serait question, toutefois j’avouerais que je me suis laissée emporter par son récit et que j’ai été en réaction par rapport aux faits qu’elle nous a relatés. Je trouvais absolument inconcevable de voir à quel point certaines personnes peuvent être foncièrement mesquines et faire croire à une petite fille qu’elle n’est pas aimée, pas désirée dans leur famille et que tous savaient qu’elle subissait des violences indescriptiblement atroces et fermaient les yeux en lui laissant croire que c’était elle le problème. Ce qui en fut le comble est qu’à son procès elle ait été laissée tombée par toute sa famille et rabaissée publiquement par celle qui lui a donné la vie ! Selon moi, la famille est l’une des valeurs qui compte le plus et je crois que c’est la raison pour laquelle je ne suis pas restée impartiale durant cet entretien. Je crois qu’il devrait y avoir plus de gens étudiant l’aspect victimologie puisqu’il est clair que la balance de justice dans le système est clairement déséquilibrée entre les victimes et les agresseurs. Bien que nous soyons tous conscient que les agresseurs ont besoin d’aide, leur en offrir ne signifie pas laisser de côté la victime qui porte le poids de la dénonciation et qui souffre souvent du choc post-traumatique…

 

SEMAINE 9
Mardi 26 octobre 2010

En fin de semaine, nous sommes allés vivre l’expérience d’une vie en prison à la vieille prison de Trois-Rivières. Ce fut une expérience unique et des plus particulières. C’était la première fois que je me retrouvais dans le rôle inverse dans un établissement correctionnel et c’était éprouvant de vivre ça ! Je me suis vite refermée sur moi-même et je me conformais mais en gardant en tête que je ne donne que le minimum de ce qu’on me demandait sans me laisser intimider par les gardiens. […] Cette visite concordait aussi avec le fait que ça va bientôt faire un an que j’ai trouvé un incarcéré mort à mon travail. Cela faisait en sorte qu’il s’ajoutait une grande charge émotive pour moi lorsque notre guide parlait des nombreux décès ayant eu lieu dans ce milieu….Durant cette visite j’ai pris conscience de plusieurs choses et les moments que j’y ai passés ne sont pas prêts de s’effacer de ma mémoire, surtout pas la visite au sous-sol dans les oubliettes et au trou…

Mercredi 1er décembre 2010,

Lundi, je suis finalement allée passer mon entrevue pour l’ÉCIU ( équipe correctionnelle d’intervention) à mon travail. J’étais un peu stressée d’y retourner puisque je n’y suis plus depuis quelques mois et que j’y retourne bientôt. Même si on s’habitue au milieu carcéral puisqu’on y passe beaucoup de temps, on peut ne jamais y être 100% bien ! […] J’ai donc été consulter mes courriels aujourd’hui et j’avais reçu une réponse suite à mon entrevue m’indiquant que du au manque de postes, ma candidature n’avait pas été retenue. J’étais sincèrement déçue de cette nouvelle puisque je sais très bien que j’ai les capacités de faire cette job, toutefois j’essaie d’être positive en me disant que rien arrive pour rien et que si je n’ai pas été sélectionnée, il y a probablement quelque chose de mieux qui m’attend !

 

Semaine du 14 décembre 2010

WOOOOOOOW... Semaine de malade mental ! Boost final dans les travaux de session ! Rapport final de 25 pages que j’ai du préparer pour lundi après-midi + révision des 13 chapitres de mon cours de gérontologie : Physionomie et vieillissement pour mon examen de mardi soir comptant pour 80 % de ma note finale ! Alors disons que c’était la semaine durant laquelle j’ai passé le plus de temps consécutif à l’intérieur de mon propre appartement !

 

Semaine du 21 décembre 2010

Cette semaine, c’était le retour official au travail après 3 mois et demi d’absence. Est-il vraiment nécessaire de préciser à quel point ce retour était nécessaire pour mes finances et pour ma santé mentale (stress intense pour payer tous mes comptes qui arrivent les uns à la suite des autres !!!)… J’étais stressée de revenir, de retourner dans cette grosse boite institutionnelle tellement différente de ce que j’ai connu durant les dernières semaines !... Le tout s’est très bien passé ! Plein de sourires de tout le monde, tous semblaient surpris en me croisant me demandant où j’étais puisqu’ils ne me voyaient plus (je leur disais «  Hem… c’est  un peu normal ! Je n’étais pas là ! J»)… C’était touchant de voir combien certains avaient l’air content de me voir et me posaient tout plein de questions ! Je crois que ce qui fait la différence dans un travail, c’est vraiment les gens avec qui on travaille… et la couleur que chacun savent apporter au milieu de travail ! Puisqu’autrement comment se fait-il qu’un milieu aussi froid et hostile qu’un établissement de détention réussisse à me mettre le sourire aux lèvres (ce que je me suis d’ailleurs fait dire par certains incarcérés durant cette semaine ! Certains m’ont  dit « C’est tellement l’fun avec toi parce que tu souris tout le temps » et évidement je leur répondais «  Mmmmh non ! Inquiète toi pas mon homme, je suis pas toujours de bonne humeur! »  Avec un sourire espiègle en coin, et ils n’avaient pas l’air de me croire ahah… faut juste pas me chercher ! J’ai aussi appris que ma candidature pour l’équipe n’avait pas été en lien avec mes capacités, mais en lien avec le diplôme que je suis en train d’acquérir ! L’organisation ne sachant pas à 100%  ce que je compte faire avec mes études, ils ont hésité à investir en moi ne sachant pas si j’allais rester avec eux longtemps encore… Cela ajoute à ma déception puisque je sais que je leur avais précisé que je n’avais pas l’intention de quitter mon travail puisque je l’aime ! Toutefois, je maintien ma philosophie disant que dans la vie, rien n’arrive pour rien et donc que si je ne suis pas dans l’équipe, c’est que quelque chose d’autre de bon devait m’attendre ! :) ...

 

On en parle…