
La nouvelle mouture de Driver se fait appeler Driver SF. La trame rapidement mise en place laisse facilement penser qu'il pourrait s'agir d'une façon de dire « Driver Science Fiction ». Pourtant, c'est bel et bien Driver San Francisco, car nous retrouvons la ville mythique, ses rues et son ambiance singulière. Après avoir subi la déliquescence, la franchise aurait-elle retrouvé sa vitesse de croisière ?

Martin Edmondson, créateur du premier Driver, est revenu en tant que directeur créatif. Sous sa houlette, le studio Reflections racheté en 2007 par Ubisoft pour devenir Ubisoft Reflections. Tous les ingrédients étaient donc là pour redonner sa superbe à John Tanner, et c'est avec un certain plaisir que j'ai plongé dans ce monde connu, sous les traits du flic le plus car-friendly de l'ère vidéoludique. Au travers de quelques cinématiques fort jolies, j'ai pu comprendre assez clairement le liminaire de ma nouvelle aventure : John Tanner, mon nouveau Moi digital, subit un grave accident en escortant un prisonnier, l'ennemi juré Jericho, lorsque celui-ci s'évade. Incapable de lâcher prise, je devais le retrouver, coûte que coûte.
Je me suis alors retrouvé dans ce même San Francisco que je connaissais, doté d'une nouvelle faculté : m'élever en dehors de mon corps, et posséder d'autres conducteurs en conduisant à leur place. C'est déstabilisant, mais on s'y fait rapidement, et c'est l'occasion de piloter un grand nombre de voitures différentes -128 au total- qui, à mi-chemin entre arcade et simulation, se distinguent par leur comportement et leur rugissement.
Au départ, la ville n'était pas entièrement accessible. Les zones interdites se découvrant à mesure que j'avançais dans l'histoire. Plus je progressais, plus les défis qui m'étaient proposés s'accumulaient, et cette profusion servait indubitablement l'intérêt de jeu : entre les cascades à réaliser pour une émission telle que les États-Unis en raffolent, les poursuites pour échapper à la police, ou dans le rôle de la police, les courses dans la peau de personnages récurrents et bien d'autres, le studio Ubisoft Reflections a mis le paquet !
J'ai constaté l'ampleur d'un San Francisco regorgeant de passages propres à faire pâlir d'envie Bullit, un rendu excellent de la ville, et une bande-son parfaite qui emplissait mon esprit en le projetant dans la west-coast des seventies. La mise en situation était irréprochable. J'ai apprécié que le personnage que j'incarnais bénéficie d'une bonne répartie couplée à un sens de l'humour prononcé. Les cinématiques qui émaillaient mon histoire ne faisaient que rajouter au plaisir et à la sensation de vivre une aventure. D'autant lorsque ces tranches d'histoire étaient régulièrement remixées dans les récapitulatifs de début de chapitre, façon série télé.
Chuck Norris lui-même n'étant pas parfait, Driver SF contient quelques accrocs, notamment la réaction des flics qui semblaient disposés à massacrer la moitié de la ville s'il le fallait pour m'arrêter dès lors que je choquais légèrement leur pare-choc, et qui ne réagissaient pas en me voyant les croiser à plus de 200 km/h en sens inverse sur l'autoroute. Le titre a par ailleurs fait l'impasse sur l'alternance des cycles jour / nuit et la météo, ce qui m'a finalement donné l'impression d'une succession de contextes sans réels changements.

L'histoire principale est courte, mais la forêt de défis, d'activités, la recherche des trophées, la récupération des véhicules qui la suivent et la complètent donnent suffisamment de sel au contenu solo pour aller plus loin que la simple lutte face à Jericho. En réalité, mon passage dans la peau de John Tanner n'a été perçu que comme l'un des nombreux plaisirs que Driver SF avait à m'offrir.
J'ai ensuite goûté à la perversion du multijoueur. Celle qui, s'agissant de ce jeu, peut facilement nous ravir de nombreuses heures. Car entre le multijoueur pour deux participants en écran partagé, bien trop rare à ce jour, qui ouvrait 8 modes de jeu, et celui en ligne qui en proposait 11, c'était un déchainement de fun. Jouer à récupérer un drapeau -ou ce qui s'y apparente- et le conserver est déjà plutôt drôle et entrainant avec une voiture, mais lorsque le Shift, qui permet de sauter d'un véhicule à l'autre, s'en mêle, c'est diablement addictif. S'y ajoutent une pléthore de challenges qui ont l'originalité d'être précédés de qualifications, qui déterminent l'emplacement de départ.
Immiscer dans Driver un multijoueur qui ait réellement sa place était déjà difficile, qu'il soit de surcroît original face à la foule de modes éternellement resservis confinait au défi de haut vol. C'est également une double réussite dont Ubisoft Reflections peut désormais se vanter.
Enfin, et ce n'est pas peu dire, l'option de réalisation nous permet de monter nos propres films de poursuites grâce à un outil simple et efficace, et nos propres talents de pilote. Royal non ?
La conclusion est sans appel : j'ai vraiment aimé retrouver Driver, et après le passif en demi-teinte que la licence trainait, ce n'était pas chose aisée que redorer son blason. Le pari est pourtant indubitablement réussi car Driver SF comporte ce qui fait d'un titre un bon jeu : il est fun, croise l'arcade et la simulation au point que chacun peut y trouver son compte. Loin de s'arrêter au plaisir solitaire, il intègre un multijoueur original, plaisant, et dont la diversité induit en permanence ce petit goût de reviens-y.

David Ridel, journaliste spécialisé dans les jeux vidéo depuis de nombreuses années, réalise pour vous des reportages dangereux en se propulsant dans les mondes virtuels afin d’alimenter le blog Interactif consacré aux jeux vidéo. Chroniques – reportages jouxtent ainsi ses réactions à l’actualité vidéoludique et aux sujets sensibles. Après un passage dans les pages de L'Écran fantastique, il collabore à la rédaction des dossiers de 13ème RUE et au magazine Geek.